Paracétamol et ibuprofène derrière le comptoir !

Apostille N°25 du 13/01/2020 du Docteur Patrick BARRIOT, expert médical de l'Institut Européen de Formation en Santé.

L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a décidé de retirer les spécialités à base de paracétamol, d’ibuprofène  et d’acide acétylsalicylique (aspirine) de la liste des médicaments disponibles en libre accès dans les pharmacies. Ces spécialités doivent être désormais placées derrière le comptoir, sans accès direct pour les patients, mais elles restent disponibles sans ordonnance.  L’objectif est de renforcer le bon usage de ces médicaments, qui font l’objet d’une large utilisation en automédication, grâce aux conseils du pharmacien au moment de la dispensation. Il revient en effet au pharmacien de vérifier que les conditions d’utilisation de ces médicaments sont appropriées à la situation clinique et au profil du patient, en particulier l’absence de contre-indication et le respect des précautions d’emploi. Ces médicaments peuvent en effet présenter des risques majeurs lors d’une utilisation inadéquate.

Le paracétamol est l’antalgique le plus utilisé dans monde. Il représente le traitement de premier choix de la douleur et de la fièvre, en particulier chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.  Cependant un surdosage en paracétamol peut conduire à des lésions hépatiques extrêmement graves nécessitant une transplantation hépatique ou provoquant le décès du patient. Les laboratoires doivent désormais apposer sur les boîtes de médicaments contenant du paracétamol un message d’information sur son risque de toxicité hépatique. Fin 2017, une jeune femme, Naomi Musenga, est morte d’une intoxication au paracétamol liée à une automédication. Le surdosage en paracétamol est la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France (notre pays est le plus grand consommateur européen de paracétamol). En règle générale la dose totale de paracétamol ne doit pas excéder 4 grammes par jour chez un adulte sain de plus de 50 kg, soit 1 gramme par prise avec un espace de six heures entre chaque prise. Dans certaines situations, la posologie totale journalière ne doit pas excéder 3 grammes par jour : poids corporel inférieur à 50 kg, insuffisance hépatocellulaire, alcoolisme chronique, dénutrition, jeûne prolongé. La présence de paracétamol caché au sein d’associations fixes ou de gammes ombrelles, dont le nom commercial peut reléguer au second plan la composition en DCI (dénomination commune internationale), peut favoriser un surdosage. Le paracétamol pris aux doses maximales (4 grammes par jour) pendant 4 jours ou plus peut augmenter les effets des anticoagulants AVK et le risque hémorragique. En l’absence d’ordonnance, la durée maximale de traitement recommandée est de trois jours en cas de fièvre et de cinq jours en cas de douleur.

Les AINS (Anti-inflammatoires non stéroïdiens), notamment l’ibuprofène, sont aussi largement utilisés en automédication dans le traitement de la douleur. Ils sont formellement contre-indiqués chez la femme enceinte à partir du début du 6e mois de grossesse (au-delà de 24 semaines d’aménorrhée) et fortement déconseillés avant cette date. Des pictogrammes d’information à l’attention des femmes enceintes sont apposés sur les boîtes de médicaments contenant un AINS seul ou associé. Ces médicaments ne doivent pas être utilisés chez l’enfant présentant une varicelle. Si les effets indésirables digestifs des AINS sont bien connus, il faut savoir qu’ils exposent également à des complications infectieuses graves et à des complications rénales. Un rapport d’expertise de 2019 a souligné un risque d’infections bactériennes graves liées à la prise d’ibuprofène ou de kétoprofène dans le traitement symptomatique de la fièvre ou de douleur non rhumatologique. Ces complications infectieuses, essentiellement dues à deux bactéries (streptocoque ou pneumocoque), ont été observées après de très courtes durées de traitement par AINS. Ces derniers exposent également à un risque d’insuffisance rénale fonctionnelle notamment chez le sujet âgé sous traitement antihypertenseur ou en cas de déshydratation associée. La posologie adulte de l’ibuprofène est de 1 à 2 comprimés à 200 mg à renouveler si besoin au bout de 6 heures. Dans tous les cas, il ne faut pas dépasser 6 comprimés à 200 mg par jour, soit une posologie totale journalière de 1.200 mg. Les AINS doivent être utilisés à la dose minimale efficace, pendant la durée la plus courte possible.

Le conseil du pharmacien est donc essentiel au moment de la dispensation de ces médicaments disponibles sans ordonnance. Chez l’enfant, il est impératif de respecter les posologies définies en fonction du poids et de choisir une présentation adaptée (solution buvable, suppositoire) lorsque la prise de comprimés ou de gélules est contre-indiquée du fait d’un risque de fausse-route (enfant de moins de 6 ans).

02/04/2020

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