Hydroxy-chloroquine : Halte à la désinformation !

Apostille N°28 du 30 mars 2020 du Docteur Patrick BARRIOT, expert médical de l'Institut Européen de Formation en Santé.

L’Hydroxy-chloroquine (Plaquenil®) a reçu son AMM en 2004 et a été délivrée sans ordonnance jusqu’au mois de janvier 2020. Le site de la Revue du Praticien précise qu’en respectant les bonnes règles de prescription et de surveillance, le profil de tolérance des antipaludéens de synthèse (surtout l’hydroxychloroquine) est bon. Comme nous le disions dans notre dernière apostille, l’hydroxy-chloroquine est passée en pleine épidémie de Covid-19 d’abord en Liste II puis de facto en médicament à prescription hospitalière. Les autorités sanitaires jugent-elles qu’un médicament qui a été délivré pendant 16 ans sans ordonnance ne peut plus désormais être prescrit par des médecins généralistes qui ignoreraient les bonnes règles de prescription et de surveillance ? 

Et l’on entend aujourd’hui des gens qui n’ont aucune expérience de la toxicité de la chloroquine prétendre que ce médicament a une toxicité cardiaque redoutable et qu’il ne peut être prescrit sans un monitorage ECG hospitalier. L’hydroxy-chloroquine fait effectivement partie des médicaments dits torsadogènes car ils sont susceptibles d’allonger l’intervalle QT de l’ECG et de déclencher un trouble du rythme ventriculaire grave (Torsades de Pointes). De nombreux médicaments largement prescrits exposent à un risque identique. Des antidépresseurs de la famille des ISRS (citalopram et escitalopram) et la plupart des neuroleptiques sont également torsadogènes. Que je sache, les médecins ne recherchent pas systématiquement un allongement de l’intervalle QT sur l’ECG de leurs patients lorsqu’ils prescrivent ces médicaments, notamment chez les personnes âgées. Le risque cardiaque de la chloroquine (Nivaquine®) est bien connu depuis les années 80 car cet antipaludéen a été présenté dans un livre grand public comme un moyen efficace de suicide en surdosage (1).  Il y eut dans les années 80 une vague de suicides avec des arrêts cardiaques pour des posologies généralement bien supérieures à 50 mg/kg pour un adulte. Cela n’a pas empêché la chloroquine d’être délivrée sans ordonnance jusqu’en 2019, date à laquelle elle est passée en Liste II.  Nous avions dans les années 80 décrit un protocole de traitement des formes les plus graves qui est toujours en vigueur (2). L’hydroxychloroquine présente un risque torsadogène accru en cas de surdosage supérieur à 25 mg/Kg (posologie bien supérieure à celle préconisée pour le traitement du COVID-19) ou en cas d’association à d’autres médicaments torsadogènes, situations bien connues des médecins.

C’est un bien mauvais procès fait à l’hydroxy-chloroquine que de lui imputer des accidents liés à son mauvais usage en automédication  et il est insupportable que des médecins soient accusés d’une nouvelle forme de négationnisme (la théorie du complot) aussitôt qu’ils émettent une opinion non conforme à la parole autorisée et autoritaire. 

 

(1). Suicide mode d’emploi. Claude Guillon et Yves Le Bonniec. Editions Alain Moreau, 1982.

(2). Treatment of severe chloroquine poisoning. Riou B., Barriot P., Rimailho A., Baud F.J. New England Journal of Medicine, 1988, 318 (1), 1-6.

29/04/2020

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