Le Lancet a-t-il tué les sœurs chloroquine et hydroxy-chloroquine ?

Apostille N°34 du Dr. Patrick Barriot datée du 2 juin 2020

Rappel des faits. Le vendredi 22 mai, la revue médicale The Lancet publiait une étude concluant que les protocoles à base de chloroquine et d’hydroxy-chloroquine étaient associés à une diminution de la survie à l’hôpital et à une augmentation de la survenue d’arythmies ventriculaires (1). Cet article, aussitôt traduit de l’anglais en français journalistique ( »le remède miracle du Pr. Raoult est inefficace et dangereux »), a provoqué une inquiétude considérable chez les patients traités par ces médicaments.Avant d’envisager la méthodologie de cette étude, voyons la chronologie des événements déclenchés par cet article. Le lendemain de la publication, le samedi 23 mai, l’OMS prenait la décision de suspendre les essais cliniques menés avec l’hydroxy-chloroquine, notamment les essais internationaux  »Solidarity » (cela permettra peut-être de couvrir le fiasco de l’étude  »Discovery »). Cette décision fut annoncée le lundi 25 mai par le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Quatre jours après la publication, le mardi 26 mai, le ministre de la santé français abrogeait le décret autorisant la prescription dérogatoire d’hydroxy-chloroquine à l’hôpital (2). Cette abrogation faisait suite aux conclusions de l’avis du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) saisi précipitamment par Olivier Véran qui a déclaré craindre un scandale comparable à celui du Mediator® ! Dans le même temps L’ANSM (pourtant peu encline à suivre les avis de la revue Prescrire® sur des médicaments à balance bénéfice/risque beaucoup plus défavorable) annonçait la suspension des essais cliniques évaluant l’hydroxy-chloroquine.

Voyons maintenant de plus près ce qui a provoqué cette vague de panique chez nos autorités sanitaires. L’étude du Lancet est une étude observationnelle rétrospective analysant les dossiers de patients rassemblés dans une immense banque de données internationales (« The Surgical Outcomes Collaborative« ). Cette étude n’est donc pas une étude contrôlée et randomisée répondant aux critères méthodologiques de l »’evidence-based medicine ». Aucun des quatre signataires n’est responsable du suivi clinique de patients atteints du COVID-19 et ne peut être garant des soins associés aux résultats présentés. Les liens d’intérêt du Pr. Mandeep R. Mehra avec l’industrie pharmaceutique sont bien connus et Sapan S. Desai est le fondateur de la  »Surgisphere Corporation » qui a géré les Big Data de l’étude. Cet article a suscité une vive réaction de nombreux scientifiques du monde entier qui ont examiné minutieusement la publication du Lancet. Dans une lettre ouverte du jeudi 28 mai, adressée aux auteurs de l’étude et à Richard Horton (rédacteur en chef du Lancet), 120 chercheurs du monde entier, appartenant à différentes disciplines, expriment de sérieux doutes sur la méthodologie employée et l’intégrité des données (3). Ils dénoncent en outre le refus des auteurs de leur donner accès aux données. Ces scientifiques appellent à la mise en place d’un groupe chargé de mener une analyse indépendante des conclusions de l’étude. Deux Français seulement figurent parmi les signataires de cette lettre.  En moins d’une semaine une étude observationnelle rétrospective douteuse a donc provoqué l’interdiction des essais cliniques utilisant l’hydroxy-chloroquine. Avec dans notre pays l’approbation de la quasi-totalité des experts de plateaux de télévision, pourtant toujours prompts à critiquer les études ne répondant pas aux critères de  »la médecine basée sur les preuves ». Concernant la fiabilité des études biomédicales, Richard Horton, rédacteur-en-chef du Lancet, déclarait il y a quelques années qu’« une grande partie de la littérature scientifique, peut-être la moitié, peut tout simplement être fausse », évoquant également l’influence de l’industrie pharmaceutique et les« conflits d’intérêts flagrants ». Personne n’ignore qu’un article signalant des  »résultats encourageants » pour une molécule a des répercussions immédiates sur le cours des actions en bourse du laboratoire qui commercialise cette molécule.

Rappelons la situation qui prévalait en France jusqu’au 27 mai 2020. La prescription dérogatoire de chloroquine n’était autorisée par décret que sur décision hospitalière collégiale pour les formes graves de COVID-19 ou dans le cadre d’essais cliniques (4) : « Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut Conseil de la santé publique et, en particulier, de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe ». De nombreux médecins généralistes se sont insurgés contre cette atteinte à la liberté de prescription pouvant être responsable d’une perte de chance aussi bien pour les médecins que pour les patients en dehors de l’hôpital (5). Le collectif   »COVID19 – Laissons les médecins prescrire » dans son communiqué de presse du 26 mai 2020 déclare : « Le collectif de médecins, après avoir réclamé la liberté d’auto-prescription de l’hydroxy-chloroquine associée à l’azithromycine, sous stricte surveillance médicale, dans le but de réaliser une étude observationnelle rigoureuse portant sur plusieurs milliers de médecins français infectés par le COVID-19, exige l’abrogation du décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 modifié par les décrets 2020-314 du 25 mars et 2020-337 du 26 mars 2020 portant atteinte à la liberté de prescription et réduisant les chances des citoyens dans le soin du COVID-19 ».

L’étude du Lancet ne se prononce pas sur ce qui se passe en dehors de l’hôpital et aucune étude, si ce n’est celle du Professeur Didier Raoult, ne répond à la question de l’intérêt d’un traitement préhospitalier précoce, traitement réclamé par de nombreux médecins généralistes. Dans l’étude présentée par le Pr. Raoult, sur 3054 patients traités par le protocole hydroxy-chloroquine/azithromycine aucun cas de torsades de pointes (TDP) ni de mort subite n’a été observé. Pour revenir à l’étude du Lancet, rappelons qu’un patient présentant une forme grave du COVID-19 est susceptible de présenter des atteintes cardiaques liées au SRAS-CoV-2 et qu’il est souvent hypoxémique (facteur favorisant la survenue d’arythmies ventriculaires). La constatation chez un tel patient d’une arythmie ventriculaire n’est donc pas automatiquement une TDP imputable à l’hydroxy-chloroquine. Le lien de causalité, pour être établi, nécessite une étude spécifique autrement plus sérieuse et le raccourci n’a rien de scientifique. Le Pr. Raoult n’a jamais prétendu que l’hydroxy-chloroquine était un  »traitement miracle ». Il a seulement dit qu’il y avait des éléments de preuve en faveur de l’efficacité de l’hydroxy-chloroquine contre le SRAS-CoV-2 et qu’il se devait en tant que médecin de proposer un traitement (l’association hydroxy-chloroquine/azithromycine) aux patients et ne pas se contenter de prescrire du paracétamol en attendant leur hospitalisation. Son étude sur plusieurs milliers de patients traités permet de conclure à l’efficacité (taux de mortalité) et à l’innocuité (taux d’arythmies ventriculaires) de l’association hydroxy-chloroquine/azithromycine lorsqu’elle cette association est prescrite et surveillée par des médecins cliniciens.

En définitive, l’article du Lancet a fourni un alibi inespéré aux porte-flingues de l’industrie pharmaceutique prêts à tout oser pour éliminer l’hydroxy-chloroquine et laisser le champ libre aux molécules concurrentes. Et l’on sait avec Michel Audiard qu’il faut se méfier de ceux qui osent tout.

Apostille N°34 du Dr. Patrick Barriot, Expert médical, Institut Européen de Formation en Santé

Références

(1) Mandeep R. Mehra, Sapan S. Desai, Frank Ruschitzka, Amit N. Patel. Hydroxy-chloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19 : a multinational registry analysis. The Lancet, May 22, 2020.

(2) Décret n° 2020-630 du 26 mai 2020 modifiant le décret n° 2020-548 du 11 mai 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. JORF n°0128 du 27 mai 2020.

(3) Concerns regarding the statistical analysis and data integrity. Open letter to M.R. Mehra, S.S. Desai, F. Ruschitzka, A.M. Patel, authors of « Hydroxy-chloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19 : a multinational registry analysis. The Lancet, May 22, 2020 » and to Richard Horton (editor of The Lancet), May 27, 2020.

(4) Décret n° 2020-337 du 26 mars 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. JORF n° 0075 du 27 mars 2020.

(5) Damien Coulomb. Étude à l’appui, un collectif de médecins plaide pour la liberté de prescrire en ville l’hydroxy-chloroquine contre Covid-19. Le Quotidien du Médecin, 30 avril 2020.

03/06/2020

2 réponses sur "Le Lancet a-t-il tué les sœurs chloroquine et hydroxy-chloroquine ?"

  1. Bravo pour cette publication qui remet les pendules à l heure …..

  2. Bravo…c’est difficile de se faire entendre dés que le nom de Raoult est défendu…impensable…incompréhensible… ce déchaînement est stupide.

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